Voici un texte de Félix Leclerc (extrait d'un livre donc je n'ai pas fait de copié/collé! donc j'espère que ça vous plaira!)
L'histoire du Québec selon Félix Leclerc
"Mon histoire du Québec
1920
Une image classique de nos petites villes:dominant la Vallée, quarante bonns maisons anglaises sous les arbres, avec golf, haies, parcs, voitures, jardins, ecuries, chevaux de race, le fief des patrons.
Au fond, la petite usine avec haute cheminée et sifflet.
Et descendant à droite vers les marécages, mille taudis collés les uns sur les autres, où s'entassent pele-mele sous les cordes à linge des ouvriers de la boite à lunch, qui, sans union, ni protection, ni moyens de transport, ni congés maladie, ni normes de sécurité, ni salaires garantis, les poumons pleins de colle, vont à pied, faire marcher l'usine qui rapporte des fortunes à des étrangers jamais vus.
1930
Je débarque à Ottawa pour la premiere fois, à l'université, bilingue en-dedans de la cloture anglaise l'autre bord dirigée par les Obats qui donnent avec compétence un cours classique en français. Sa légendaire bataille pour rester bilingue fait toujours partie du quotidien.
1935
J'arrive à Québec, une autre capitale, française celle-là, avce de l'humour jusqu'au bout des ongles. Annonceur à la radio j'ouvre le poste avec "god save the king" et je le ferme avec "god save the king".
Pour qui?
Pour quarante familles anglaises sur deux cent mille françaises, au cas où...
La lecture des nouvelles se fait dans les deux langues, au cas où...
Etiquetage en anglais seulement, sur la monnaie, les menus, les chèques, les timbres, les panneaux, les traverses à niveau, l'Union Jack sur les édifices publics,
les ouvriers poinconnent en anglais, Trois Rivières s'appelle Three rivers sur les billets de chemin de fer et notre aviation commerciale, Trans-Canada Air Lines et l'autre, Royal Canadian Air Force.
1940
J'arrive à Montréal.C'est la guerre mondiale.
"Speak White, there's a war going on", se fait-on dire par des commerçants qui accrochent dans leurs vitrines; "Business as usual".
A chaque six mois, le grand Churchill en personne vient chercher ses sacs "d'efforts de guerre"! Pas de conscription? Mais oui une conscription; des barges pleines de soldats canadiens français débarquent à Dieppe.
Ils ont cet honneur, c'est une boucherie sans nom. Dans le meme temps, des recrues d'outre-mer viennent discrètement ici apprendre le maniement des armes.
1950
J'ai la joie d'aller aux études à Paris.
Le petit lycée s'apelle "les trois baudets". Dans ma classe, il y a a Francis Blanche, Pierre Dac, Boris Vian, Fernand Raynaud et Raymond Devos. Je découvre mes racines, la liberté, la France et j'ai le meme choc que l'Anglais de Toronto qui voit Londres pour la première fois.
1953
Reçu de C.A.P.A.C un chèque de 4,68 dollars pour quatre années de droits d'auteur...
1960
Commencement de la révolution tranquille.
Etatisation de l'électricité: Shawinigan Water and Power devient Hydro Québec, catstrophe prédisent les journaux anglais, contrariés de nous voir nous occuper de nos affaires. Naissance du parti québécois, le cauchemar des anglais.
1970
Nos événements d'octobre.
Quatre cent cinquante des notres sont questionnés dans la nuit, par une police d'abord canadienne qui sait fort bien où se cachent les coupables.
Mesures de guerre. L'armée arrive. Ottawa mele pernicieusement le P.Q avec le F.L.Q. On nous fait peur avec l'écoute electronique, on ouvre le courrier, on perquisitionne, on vole des listes de noms on fait semblant de trouver de la dynamite,le code "checkmate" de la G.R.C fait des enquetes illégales,toujours
bénies par nos tribunaux. La brink's simule une fuite éperdue sur les routes avec tout l'argent du Québec, bluff monumental: ses camions blindés sont vides.
1976
L'histoire sort son grand soleil de fete!
En force, blayant tout, un ouragan, un rz de marée, le Parti Québecois prend la tete du gouvernement, hier valet. Stupeur et effroi chez les anglais.
"Knock outés" ils découvrent qu'ils sont minoritaires ici.
Voyant des bombes partout, ils déménagenr en vitesse vers Toronto.
Le géant est réveillé. Il s'étire et dit: "excuse moi, j'ai dormi" Et il commence à déranger. La loi 101 fait du français notre seule langue officielle.
Mais réjouissance prématurée:la cour sublime, sept grands vieux qui coutent cher, bordés d'hermine et de rentes, nous rappele que le français ne doit pas etre la seule langue au Québec, mais l'anglais aussi. Laissons ces comédies, ces
comédiens, ces jeux de textes et de passions.
1978
On se fait dire partout: "Vous etes bien au Québec, vous parlez français, vous etes chez vous, heureux, que voulez vous de plus, pourquoi changer?
Réponse: la loi 101
les caisses populaires
les caisses de dépot et de placement
l'Hydro Québec
Sidbec
la victoire des gens de l'air
les syndicats québecois la saint jean, nos erreurs, nos tentatives, nos films, chansons, pièces, livres, peintures, et ce furieux besoin de créer,de crier la joie qui déborde ici ne nous vient pas du fédéral.
Tout ce qu'on a, on ne le doit qu'à nous seuls, y compris nos bourses au conseil des Arts, puisée dans nos poches. Nos droits sont des arrachements pouce par pouce, une vigilance de tous les instants. Un moment d'inattention et c'est le retour aux années des porteurs d'eau, suivies de punitions. Hier encore au fédéral, on parlait de nous comme d'une minorité grecque arrivée il y a vingt ans. Devant un ottawa buté, ennuyé, distrait, le fossé s'élargit chaque jour d'avantage.
1980
nous voila rendu à la veille du référendum.
Les anglais et les riches (qui ne veulent pas de changement) voteront non et les mendiants aussi par attachement à leur douce chaine.
Mais les autres comment les effrayer?
L'armée a l'intention de traverser la province en attachant des casseroles à ses jeeps pour faire des flammèches...
La fin du monde, économie zéro, dislocation, catastrophe du siècle, voilà les arguments, bataille des plaines d'Abraham en pire, brisure du grand pays, regrets, larmes de crocodiles, amandes honorables, promesses:
"Si on vous a offensés, pardonnez -nous!", fleurs, embrassades, accolades, une pétition de huit cent mille noms, nous suppliant de rester dans le Canada.
Les vieux scénarii déployés par les maitresdu chantage ou qu'ils soient dans le monde,
"Parlons d'avenir, pensons avenir, demain l'avenir, oublions le passé, donnons nous la main, embrassons nous..."
Avec par dessus, quelques percutants petits mensonges et des boo boo boo qui font peur aux vieux voteurs, le fédéral gagne de justesse, sans joie, matin de deuil!
les rues sont désertes, les vainqueurs se cachent...
1982
A l'ecole de l'expérience, nous commençons à controler la peur (notre chère ennemie séculaire) comme on controle un explosif.
Et nous apprendrons qu'à gros salaire va grosse fidélité, que la soumission en limousine est supportable, voire sportive! Nous, c'est debout maintenant.
Que le Parti Québécois gagne ou perde les prochaines elections est négligeable.
Dorénavant tous les partis devront etre québécois.
On lit, joue, pense, travaille, mange, écrit et rit en français de plus en plus.
Et on vient de loin pour le vérifier, meme d'Ottawa!
Que pense Toronto de cette situation qui draine vers elle cerveaux, contrats et capitaux?
"No comment", tant que ca paye!"